La construction en terre crue, une alternative en faveur du « développement endogène »
Dans un pays où tous les matériaux manquent, il peut être intéressant de se pencher sur le seul qui existe en abondance, à savoir… la terre crue. C’est un matériau utilisé depuis des millénaires et sur tous les continents. Les techniques ancestrales et vernaculaires de construction en terre crue ont déjà fait l’objet de recherches poussées, notamment par le laboratoire CRATerre à Grenoble, qui est titulaire d’une chaire UNESCO sur la préservation des cultures constructives locales et de leur patrimoine bâti.
L’architecture de terre, encore plus dans ses adaptations modernes, possède de nombreux avantages, non seulement en terme technique (grande inertie thermique par ex.) mais aussi économique (peu coûteux, création de « filières terre », besoin d’entretien régulier donc travail régulier), culturel (savoir-faire) et environnemental (matériau disponible sur place, ne nécessitant pas forcément ou très peu d’adjuvants), etc… De plus, et contrairement aux idées reçues, certaines techniques de construction en terre sont aujourd’hui capables de conférer une excellente résistance sismique aux bâtiments, lorsque associées au bois ou au bambou par exemple. C’est justement l’un des principaux axes de recherche de l’Auroville Earth Institute (partenaire de CRATerre), qui a participé, entre autres, à la reconstruction post-tsunami par la réalisation d’habitations économiques et parasismiques.
Les inconvénients de ce type d’architecture sont évidemment que leur résistance et leur durabilité dépendent largement de la qualité de la terre locale (qui demande donc à être analysée en amont), et qu’il est essentiel que ces techniques soient bien maitrisées (formation préalable à la construction et à l’entretien de constructions en terre crue) pour s’assurer de leurs performances et de leur pérennité. Le savoir-faire qu’elles requièrent nécessite un minimum de temps pour être bien intégré (mise en place de filières économiques et de formations aux métiers de la terre) et nécessite d’être entretenu et protégé de la concurrence d’autres matériaux bon marché, souvent de moins bonne qualité. C’est pourquoi on dit souvent que la terre est « vulnérable à l’ignorance plus qu’à l’eau », car si d’un point de vue strictement technique, la terre n’a besoin que « de bonnes bottes et d’un bon chapeau », elle reste cependant largement dépendante de la bonne transmission des savoirs et des savoir-faire pour s’assurer de traverser les millénaires.
Pour aller plus loin, voici quelques liens intéressants :
- Un résumé très succin des principaux types de construction en terre :
http://www.archinomie.net/la_terre.pdf - L’Auroville Earth Institute, en collaboration avec CRATerre et l’UNESCO, a développé une brique de terre crue stabilisée, spécialement conçue pour réaliser des constructions résistantes aux catastrophes naturelles – cyclones et séismes inclus. Toutes les infos, des exemples, ainsi que des notes techniques ici (cliquez sur l’onglet disaster resistance à droite) :
http://www.earth-auroville.com/index.php?nav=menu&pg=disaster&id1=1&lang_code=en - Un article intéressant traitant du débat et des idées reçues concernant les performances parasismiques des constructions en terre :
http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=263 - Voir également le bilan scientifique de CRATerre-ENSAG pp.60-70, qui présente l’état et les objectifs de la recherche en architecture de terre parasismique, notamment pour apporter une réponse alternative aux besoins post-catastrophes :
http://terre.grenoble.archi.fr/documentation/downloads/BILAN_SCIENTIFIQUE_2001-2005.pdf - Un guide assez simple de réhabilitation des constructions en terre après un séisme :
http://www.misereor.org/fileadmin/user_upload/misereor_org/Frehabilitation.pdf - Un des types de brique en terre crue, la BTC (brique de terre comprimée), a fait l’objet d’un manuel où sont abordées en détails ses propriétés techniques, comparativement aux matériaux courants, ainsi que des questions essentielles liées au lancement d’une production de BTC, sa faisabilité, ses impacts sur l’économie locale, ses limites, etc. :
http://terre.grenoble.archi.fr/documentation/downloads/BTC-ManueldeProduction.pdf



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